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Google et contre tous

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Google et contre tous

Il y a 20 ans, nous n’avions aucune idée de ce qu’était Google alors que maintenant, il s’incruste dans notre quotidien. À ce jour, il y a eu les drones, les lunettes, les gadgets et bien sûr le moteur de recherche. Le maître du web Google est désormais partout. À tel point que ses avancées technologiques sont maintenant indissociables de notre mode de vie.

Google c’est : une trentaine de milliard de pages indexées dont une bonne majorité qui a trait à Kanye West, à la pornographie et… à des images de chats. Sur la planète, 2 millions de recherche sont réalisées à partir de ce moteur chaque seconde. Et même si on s’embrouille dans la façon d’écrire son nom, qu’on ne s’inquiète pas puisqu’on y aboutira bien assez vite : ils ont évidemment acheté les noms de domaine gooogle.com, googlr.com et Gogle.com.

Google c’est aussi une part de marché qui avoisine les 90%, alors que Yahoo est à 2,9% et Bing à 3,7%. C’est également une entreprise dont la valeur est estimée à 750 milliards de dollars qui embauche 89 000 employés travaillant auprès de services allant de la messagerie en ligne à la voiture autonome avec un quasi monopole sur certains secteurs du numérique.

Le géant d’Internet investit partout et beaucoup dans des secteurs avant-gardistes, principalement en science et innovation. Google s’entoure des plus grands et des meilleurs chercheurs pour travailler notamment sur la robotique, l’intelligence artificielle et même la lutte contre le vieillissement. Les projets les plus spectaculaires sont développés dans Google X, la branche la plus futuriste de l’entreprise.

Après tout, le géant américain veut le bien de l’humanité. Du moins, il souhaite « faciliter » notre quotidien et surtout afficher son omniprésence. Un pari gagné qui soulève des critiques de ses détracteurs et des questions d’éthique.

Construction d’un empire

Pour comprendre comment Google a réussi à s’imposer de la sorte face à ses concurrents et à devenir cet empire en moins de 20 ans d’existence, il faut faire un petit saut en arrière.

Dans les années 90, les moteurs de recherche utilisent une manière de classer les pages assez basique et peu efficiente. Elles sont essentiellement rangées selon les mots-clés contenus. Ainsi, une page comportant le mot « bijou » 50 fois a plus de chances de se retrouver au sommet des résultats qu’une page ne contenant ce mot qu’une fois. Même s’il s’agit de la bijouterie la plus populaire au pays! Les moteurs de recherche ne comportent pas encore cette notion de pages plus importantes puisque le classement est fait de manière aléatoire.

La rencontre de deux étudiants en informatique à l’université américaine de Stanford, entre 1995 et 1998, chamboule la suite des choses. Larry Page et Sergey Brin observent la manière dont leurs recherches sont classées en ligne. Leur analyse les amène au principe que plus une page web détient un nombre de liens qui pointent vers elle, plus cette page va être importante et fiable. De cette réflexion est conçu un algorithme appelé PageRank permettant de classer de manière très efficace, l’ensemble des pages d’Internet. Cette technique de classement est désormais utilisée pour alimenter un nouveau moteur de recherche appelé BackRub. Ce nom est éventuellement remplacé par Google, qui a pour origine le terme mathématique «googol» ou gogol en français, qui désigne 10100, c’est-à-dire un nombre commençant par 1 suivi de cent zéros.

L’entreprise est officiellement créée le 4 septembre 1998. Le moteur de recherche s’impose uniquement grâce au bouche à oreille et enregistre rapidement une croissance de 20% par mois. Au bout de trois ans, le trafic l’entourant explose littéralement. C’est à ce moment qu’on décide de le monétiser. On propose de la publicité que l’on adapte aux résultats de recherche de l’utilisateur. En 2000, on commence à proposer d’afficher des publicités directement aux côtés des résultats de recherche. Par exemple, un internaute qui fait une recherche sur une panne de voiture se verra proposer des annonces de constructeurs automobiles. Aujourd’hui cela semble évident, mais à l’époque, c’est une nouveauté extrêmement efficace qui rapporte beaucoup d’argent.

Ce concept va permettre à l’entreprise d’acquérir une position des plus dominantes dans ce secteur. Entre 2001 et 2017, les revenus publicitaires de Google vont littéralement culminer, passant de 70 millions à 95 milliards dollars.

Une diversification tentaculaire

« Je pense qu’une partie de notre travail est de créer des choses nouvelles ou de les acheter au tout début, indiquait Larry Page dans une entrevue. Il faut regarder comment nous investissons nos ressources et continuons à grandir. »

L’entreprise n’arrête aucunement son expansion et a plus d’un tour dans son sac pour accéder au sommet. Elle met de l’avant de nouveaux services efficaces comme GoogleMap et Google Chrome en s’assurant d’avoir une avance technologique pour écraser la concurrence. En 2004, l’arrivée de Gmail ébranle Hotmail et Caramail avec son service de messagerie électronique proposant plus de stockage que ses concurrents.

En plus de lancer de nouveaux services, la compagnie mise sur le rachat de start-up qui ont un avenir prometteur, comme Android en 2005. On connaît la suite : dorénavant, ce système d’exploitation est présent sur plus de 85% des cellulaires dans le monde. En 2006, Google sort de son portefeuille 1,65 milliards de dollars pour racheter YouTube, une plateforme de vidéos en ligne devenue numéro 1 aujourd’hui.

Avec son moteur de recherche en passant par la domotique et la santé, la firme californienne devient au fil du temps tellement colossale qu’elle doit se restructurer. En 2015, la Société Alphabet est créée. Google devient dès lors une filiale dans laquelle sont rassemblés les services les plus rentables (Chrome, YouTube, Search, Maps, Android) alors que d’autres structures d’Alphabet accueillent des projets de recherche comme la biotechnologie ou Google X.

Image entachée

Celle qui a commencé avec les moyens du bord il y a 20 ans est passée de start-up avec un fort capital de sympathie à une gigantesque multinationale s’incrustant dans tous les domaines de la vie quotidienne. Bien qu’elle soit encore perçue de manière positive, on commence à s’interroger sur certaines de ses actions.

À commencer avec la question de la protection des données personnelles. En 2017, Google a collecté des données de localisation sur les utilisateurs d’Android à leur insu, ce qui a attiré des critiques. Même chose avec le fait que le géant technologique ait travaillé avec le Pentagone qui souhaitait utiliser les outils d’intelligence artificielle pour son programme de drones. Ou cette version de son moteur de recherche adaptée aux exigences de censure de Pékin afin d’envisager sa réintroduction en Chine après huit ans d’interruption qui a fait hurler les militants des droits de l’homme. C’est sans compter ces milliards d’euros transférés aux Bermudes en 2016 afin d’éviter de payer des impôts…

La compagnie, qui avait jusqu’à présent toujours affiché une grande unité, fait désormais face à des reproches même à l’interne. Des salariés de l’entreprise ont commencé à dire en public à quel point Google avait possiblement perdu ses valeurs du début, aveuglé par l’argent et le pouvoir.

Monopoogle

Même si en 20 ans d’existence Google a quelques fois connu l’échec, notamment avec les Google glass ou le réseau social Google + qui n’a jamais trouvé son créneau, l’entreprise a été très peu ébranlée. C’est qu’elle possède pratiquement un monopole total sur certains secteurs numériques. Sept de ses services dénombrent plus d’un milliard d’utilisateurs chaque mois. C’est grâce à eux que le roi du web peut se targuer d’avoir des revenus de plus de 110 milliards de dollars en 2017 avec un taux de croissance de 21%.

Cet argent est réinvesti dans divers projets et d’autres rachats afin que l’entreprise continue de renforcer son emprise sur les secteurs du numérique. On parle notamment de transhumanisme (ensemble de techniques qui visent à améliorer les capacités humaines physiques et mentales) et de robots. Des projets qui auraient même des airs de science fiction. « Google sera inclus dans le cerveau des gens. Vous aurez un implant et quand vous penserez à quelque chose, il vous donnera automatiquement la réponse», a déjà dit Larry Page en entrevue. Et son cofondateur de répliquer : « Nous voulons que Google soit la troisième moitié de votre cerveau. » Ça fait peur? Un peu, beaucoup, oui. Et pour ça, il n’existe aucun outil Google pour nous rassurer.